Et en Nouvelle-Calédonie ?

La présence officielle du GODF sur le caillou date de 1868. Elle va se concrétiser par la volonté de neuf francs-maçons : Austin, Coudelou, Chevalier, Douzans, Hauguel, Higginson, Martin, Richard et Simon. Ils sont de nationalités différentes et viennent d’horizons différents, et on ne connaît pas leurs parcours

Timbre émis par l’OPT pour les 125ans de présence Franc-maçonne.

maçonniques avec précision. Deux d’entre eux, sont affiliés à la Grande Loge Unie d’Angleterre. Ces neuf frères vont demander une autorisation administrative pour ouvrir une loge qui prendra le nom d’Union Calédonienne. Le contre-amiral Guillain autorisera cette ouverture par un décret dont voici l’article premier :

« Est autorisée la création à Nouméa, sous le nom d’Union Calédonienne, d’une loge maçonnique, sous la condition de se conformer aux lois et règlements sur les associations »

L’autorisation officielle du GODF arrive en mai 1869, l’allumage officiel des feux à lieu en novembre 1869.

A partir de 1872, des déportés de la Commune arrivent et parmi eux, il y a de nombreux francs-maçons. La loge ne peut les accueillir ouvertement de peur de prêter le flanc à ses détracteurs. Elle ne peut pas les ignorer non plus. Il est décidé d’aider ses déportés dans toute la mesure du possible. Mais si cette aide engage individuellement les francs-maçons, la loge, en tant qu’association reconnue, doit rester à l’écart.

Vue partielle du tableau de Manet

Rochefort, et cinq autres communards, s’échappent de l’ile Nou en novembre 1874. Quatre sur six, dont Rochefort, sont francs-maçons. Les soupçons se portent naturellement sur l’Union Calédonienne. Il y a des suspicions légitimes : le bateau sur lequel ils ont embarqué (Le « Peace comfort and Ease ») appartient pour partie à Higginson. Le capitaine du navire est Franc-maçon et il est formellement établi que de nombreux Frères ont participé à l’évasion. Par contre rien ne prouve que la loge y ait pris une part active. Tous les frères ont agi individuellement, prenant grand soin de ne pas impliquer Union Calédonienne. Le colonel Alleyron, gouverneur par intérim, ne fait pas de distinction : Il ferme la loge par arrêté. Le gouverneur Olry autorisera la réouverture par un arrêté daté du 18 mai 1878. La loge reprendra ses travaux le 24 mai 1878, soit trois ans après sa fermeture. La victoire des républicains aux élections Françaises est certainement un élément déclencheur de ce revirement de situation.

La même année verra l’allumage des feux d’une nouvelle loge affiliée à la Grande Loge Unie D’Angleterre. Elle porte le nom de Western Polynesia. Elle fermera quelques années après sans qu’on puisse en donner une date précise : Elle n’a jamais fait l’objet d’une fermeture quelconque, elle s’est éteinte faute d’activité.

*Aux Etats-Unis d’Amérique, la franc-maçonnerie est très tournée vers les actions caritatives. A tel point qu’un don peut vous ouvrir les portes d’un temple et même vous faire gravir les échelons beaucoup plus vite. Par exemple, par un don généreux, on peut être initié, reçu compagnon puis maitre dans la même journée ! Par la suite, on peut accéder au trente deuxième degré en une seule année.<br />
Ces pratiques sont totalement impensables en Europe.

La loge Union Calédonienne va continuer seule pendant de nombreuses années. A cette époque, la loge s’extériorise de deux façons: l’une caritative, l’autre politique. Le rôle caritatif vient tout naturellement du caractère philanthropique de la franc-maçonnerie. L’amour fraternel est incompatible avec l’indifférence face à l’infortune de son prochain. (On peut remarquer, à ce sujet, que bons nombres de francs-maçons contemporains sont affiliés à des clubs services ou associations caritatives de toute sorte). La loge va donc, à l’instar de ses homologues américaines*, participer ouvertement à des actions en faveur de populations sinistrées. C’est ainsi qu’elle va ouvrir des souscriptions dans lesquelles elle participera financièrement :

  • en 1870, pour les blessés de guerre ;
  • en 1878, en faveur des victimes de l’insurrection canaque* ;
  • en 1884, pour les victimes du choléra de Toulon ;
  • en 1887, en faveur des victimes des inondations du midi de la France ;
  • en 1893 pour les victimes d’un cyclone ;

Bien entendu, elle n’oublie pas les veuves et orphelins des frères défunts.
En 1919, le Vénérable Jeanson fait l’éloge des déportés de la commune. Pour reprendre sa propre expression, lorsqu’il fait allusion à ces déportés, il parle de « quelques centaines d’obscurs martyrs de la liberté ». Il propose la réfection du cimetière de déportés laissé à l’abandon. Le Gouverneur autorise cette action.

Le rôle politique de la loge calédonienne est beaucoup plus discutable. Mais il faut se souvenir que, sous la troisième république, beaucoup de politiques sont francs-maçons. Il en va de même en Calédonie où, par exemple, quatre maires francs-maçons se succèdent à Nouméa. Mais il y a une dimension qui semble plus aiguisée qu’en métropole : la laïcité prend ici l’allure d’une guerre contre l’église, et surtout contre les maristes. Il y a deux conceptions qui s’affrontent : les francs-maçons, en bons républicains, sont favorables à la colonisation libre et à l’école laïque, les missionnaires anti-colonisateurs et adeptes d’une école très catholique. Avec le gouverneur Feuillet, franc-maçon, favorable à une colonisation libre, cet antagonisme est clairement affiché. La loge va favoriser l’ouverture d’écoles laïques et distribuera des prix aux élèves méritants.
A partir de 1930, la loge réduit beaucoup son activité, tant maçonnique que politique. En 1940, elle est mise en sommeil et toutes ses archives sont détruites pour éviter qu’elles ne tombent entre les mains du gouvernement de Vichy. La loge en tant qu’Union Calédonienne n’existera plus.

Une école communale au permier plan, la cathédrale au fond et la
bute sur laquelle se trouvait l’ancien temple.

Une nouvelle loge allumera ses feux en 1960 : Fraternité Calédonienne. L’ancien nom ne peut plus être utilisé puisqu’un parti politique, qui n’a rien à voir avec la franc-maçonnerie, porte le nom d’Union Calédonienne depuis 1953. Cependant, Fraternité Calédonienne n’est pas née spontanément, elle ne vient pas du néant : elle est soutenue par les anciens frères de la loge Union Calédonienne. Les tenues se font dans l’ancien temple qui domine la cathédrale, sur l’emplacement actuel de la FOL. Le terrain est d’ailleurs cédé à la FOL contre l’assurance d’une réserve de 15 ares pouvant servir à la construction d’un nouveau temple.

En 1975, plusieurs francs-maçons, déçus de l’ambiance qui règne au sein de Fraternité Calédonienne, demandent l’arbitrage du GODF. Le conseil qui est donné est de créer une nouvelle loge. La loge Lumière des Iles allumera ses feux en 1976. Elle a d’abord son siège au Mont Dore et ses tenues se font dans un garage prêté par l’un des frères.

En 1981, plusieurs frères décident de créer une loge du Droit Humain. En effet, Lumière des Iles reçoit fréquemment des frères et sœurs de cette obédience qui n’a aucune représentation en Nouvelle Calédonie. De plus, cette obédience a une représentation importante en Australie. C’est donc une occasion de tisser des liens avec des Francs-maçons de ce pays. Le GODF donne l’autorisation à trois frères pour la fondation d’une loge du Droit Humain. Elle prend pour nom : « Le Maillon du Pacifique ». L’allumage des feux officiel se fera 1984.

D’autres loges vont allumer leurs feux, voici les grandes dates :

  • 1977 « Fraternité Australe » de la GLDF ;
  • 1998 « Le Gaïac » de la GLDF, « La Spirale du Pacifique » de la GLFF et « La Grande Case » du GODF dans laquelle le peuple kanak a une place prépondérante.
  • 1999 « Calédonia » de la GLTSO
  • 2006 « Libres Citoyens Du Monde » et « Les colonnes Océanes » du GODF
  • 2007 « Tradition Australe » de la GLDF et « Orâ Jekute » (Lieu de Parole) du GODF, première loge installée loin de Nouméa (à Koné).