L’histoire de la maçonnerie.

L’histoire de la Franc-maçonnerie spéculative est très controversée (Du moins en ce qui concerne le lien avec la Franc-maçonnerie opérative, c’est-à-dire avec les bâtisseurs de cathédrales). Il n’est pas question de prendre partie sur ces polémiques, et encore moins d’être exhaustif dans le déroulement des événements. La seule prétention de ce qui suit, est de donner envie au lecteur d’aller plus loin, tout en lui donnant quelques pistes à explorer. Pour ne pas compliquer ce texte, j’ai décidé de ne pas parler du tout des ateliers supérieurs, c’est-à-dire des grades supérieurs à celui de maître. En d’autres termes, je ne parlerai que de loges bleues dans lesquelles il y a trois grades : apprenti, compagnon et maître.

Origine historique :

Il y a peu de certitude concernant l’origine directe de la Franc-maçonnerie spéculative. Mais nous sommes sûrs que les précurseurs ont délibérément copié les corporations de métier de la construction. Faisons d’abord un tour d’horizon des diverses pistes sur les origines possibles des rites et règlements de la Franc-maçonnerie.

Manuscrit RegiusLes documents anglais les plus anciens citent AEthelstan (893/894 – 27 octobre 939 premier roi de toute La Bretagne) comme le créateur de la première guilde de maçons en 926. Toutefois le premier document réglementant cette activité, datant de 1390, est le manuscrit Régius. Ce document (entreposé au British Museum de Londres) précise les règles à suivre par l’apprenti, le compagnon et le maître de la Franc-maçonnerie opérative (Attention ! Ici Maître n’a pas la même signification qu’aujourd’hui en Franc-maçonnerie. De plus, ce n’est peut-être pas un grade). Ecrit en vers, on peut trouver des traductions plus ou moins fiables sur Internet. Il insiste sur le code de conduite et la moralité du maître, et met surtout l’accent sur l’entraide que se doivent chacun des membres de la guilde des bâtisseurs. Instaure les trois « grades » : maître, compagnon et apprenti. Il définit le temps qu’un apprenti doit s’engager à servir son maître : sept ans. En dessous de cet engagement, le maître doit refuser l’apprenti. Ce n’est qu’après ces sept ans que l’apprenti pouvait être reçu compagnon. A noter que ce texte fait référence aux 80 000 ouvriers qui étaient engagés dans la construction du temple de Salomon (Temple construit au Xème siècle avant notre ère, détruit par les Babyloniens en -586. Il a été reconstruit, puis détruit par les romains. Il ne reste aujourd’hui que le mur des lamentations. Nous verrons par la suite que ce temple revêt une signification particulière pour les Francs-maçons). Toutefois, le maître d’œuvre Hiram (parfois écrit Iram), n’est pas cité. Si l’on peut trouver des similitudes avec la Franc-maçonnerie spéculative, il y a peu de chance pour que les règles actuelles viennent en droite ligne du manuscrit Régius.

Certains auteurs ont essayé, sans grand succès, de montrer une filiation de la Franc- maçonnerie avec l’Ordre du Temple. Il y a, en effet, quelques faits troublants. Le premier nom donné à cet ordre était « Les pauvres chevaliers du christ et du temple de Salomon». Il était basé à Jérusalem, à coté de l’ancien temple de Salomon. Lorsque Philippe Le Bel obtient du pape Clément V la condamnation de cet ordre, certains templiers iront se réfugier en Ecosse. Lieu où la Franc-maçonnerie va naître si l’on en croit certains historiens. Mais rien n’est moins sûr…

Il faut maintenant parler des statuts Schaw. William Schaw(1549 ?-1602) était « Maître des travaux » de Jacques VI d’Ecosse. Il devient « Surveillant général des maçons d’Ecosse » en 1583. En 1598, il écrit les premiers statuts puis les seconds en 1599. Il n’est pas utile de savoir ce que contiennent exactement ces textes. Toutefois, il est intéressant de savoir qu’ils définissent trois grades : apprentis-entré, le compagnon et les surveillants de loge. Ces « grades » sont les seuls que l’on trouve à l’intérieur de la loge. Mais à l’extérieur, il y a aussi l’apprenti-enregistré et le maître. Le statut d’apprenti-enregistré ne permet pas de rentrer en loge. Il autorise seulement le détenteur de ce titre à travailler sous les ordres d’un maître. Ce n’est qu’après deux à trois ans de bons et loyaux services qu’il pourra devenir un apprenti–entré. Cette admission se faisant à l’issue d’un rite initiatique.

Façade de la loge Kilwinning En cliquant sur l’image, vous rejoindrez le site de la loge N°0. d’Ecosse Le maître est un compagnon reconnu comme tel par l « Incorporation », sorte de guilde Ecossaise. Ce titre de maître permet de recruter des apprentis à la seule condition de les avoir enregistrés auprès de l’« Incorporation » (D’où le terme d’apprenti-enregistré). Tout autre recrutement était explicitement interdit. Entre autre, le « cowan » (simple maçon de campagne) est interdit sur les grands chantiers.

Aucun Maître ou Compagnon de métier n’accueillera de « cowan » pour travailler avec lui, ni n’enverra aucun de ses aides travailler avec des « cowans », sous peine d’une amende de vingt livres chaque fois que quelqu’un contreviendra à cette règle. Extrait de l’article 15 des statuts Schaw 1598.

Avec ce texte, on comprend mieux l’importance d’appartenir à une loge, ou du moins d’être dans une position permettant, à terme, d’accéder à cette loge. Les statuts Schaw précisent encore que le passage du grade d’apprenti à compagnon ne peut se faire qu’après un laps de temps de sept ans. Je laisse volontairement de coté des similitudes entre les signes de reconnaissance de ces maçons opératifs et ceux des maçons spéculatifs modernes. Je prends cette décision par soucis de confidentialité, tout en étant conscient que n’importe quel utilisateur averti de Google peut trouver ces pratiques sur le Web. Il faudrait encore parler du groupe Haughfoot et du manuscrit Slaone (écrit dans une langue hybride mélangeant des termes purement écossais et d’autres utilisés uniquement en Angleterre) et j’en oublie quelques uns, mais le lecteur passionné pourra mener des recherches sur Internet (à partir des pistes que j’ai données et pour commencer en suivant ce lien) et se faire une idée plus précise sur les origines de la Franc-maçonnerie avant le XVIIIe siècle.

Ce qui est un peu plus sûr :

A la fin du XVIIe siècle, et début du XVIIIe siècle, des loges, essentiellement Londoniennes, se réunissent dans une salle arrière d’endroits publics comme des tavernes. Elles portent souvent le nom de l’endroit où se réunissent ses membres. Ces loges étaient formées de maçons opératifs, de « gentlemen » et de quelques nobles. En 1717, quatre loges, « the rummer and the grape » (le gobelet et les raisins, formée essentiellement de gentlemen et de nobles),«the apple tree» (Le pommier) et «The Crown» (La couronne) se réunirent à la taverne habituelle de la loge «Goose and Gridiron» (L’oie et le grill). Là, ils décident de créer une organisation supérieure qu’ils appelleront la Grande Loge de Londres et de Westminster (pour simplifier, je l’appellerai par la suite Grande Loge Londonienne). Le but étant de se démarquer des associations diverses qui foisonnent à l’époque, et qui ne se réunissent que pour faire la fête. Ils décident que de nouvelles loges peuvent être créées à condition de respecter les « olds charges » (anciens devoirs) que dictait le manuscrit Regius.

Bien entendu, ils interdisent l’initiation des femmes en accord avec ce texte. Ensuite, La Grande Loge, une fois créée, va demander à un prêtre presbytérien, James Anderson, d’écrire la nouvelle constitution. C’est chose faite en 1723. On soupçonne ce cher prêtre de s’être inspiré à la fois du manuscrit Régius (qu’il n’a certainement pas eu entre les mains mais dont l’essentiel des idées étaient reprises dans d’autres textes qui n’ont pas été cités ici), des statuts Schaw et des idées nouvelles d’Isaac Newton très largement répandues par John Théophilus Desaguliers qui préfacera les constitutions (Jean Théophile Désaguliers est né en France en 1683, il étudie le droit et se passionne pour les sciences, il est ordonné prêtre anglican en 1717 et Grand Maître de la Grande Loge Londonnienne en 1719. Sa passion pour les sciences lui fait rencontrer Newton. Il va travailler pour le compte de la Royal Society jusqu’en 1714, date à laquelle Isaac Newton, alors président en exercice, lui obtient le statut de membre sans payer de droit d’entrée). L’idée principale des constitutions d’Anderson est que tout nouveau membre doit croire en un Dieu, mais il ne lui est pas demandé de justifier son choix de croyance. Ainsi toutes les religions monothéistes étaient admises. Pour cimenter tout cela, en loge, on ne parlait plus de Dieu, mais du Grand Architecte De L’Univers (GADLU). Autre nouveauté, il est interdit de parler politique : ce qui coupe court à tous les soupçons de traitrise ou de coup d’état.

En 1725, les loges de York décident de former « La Grande Loge de toute l’Angleterre » qui disparaîtra en 1790. La Grande Loge Londonienne, pour ne pas être désavouée, autorise l’Irlande à former sa « Grande Loge d’Irlande ». Déjà, bien qu’il n’y ait jamais eu la moindre trace de loge spéculative dans son pays, l’Ecosse revendique une préséance sur la Grande Loge Londonienne. En fait, la plupart des loges à l’extérieur de Londres sont plus anciennes et acceptent mal (ou pas du tout) les règles qu’elle dicte. Elles sont plus anciennes, c’est vrai, mais toujours dans une forme opérative. Avec parfois quelques « gentlemen » parmi leurs membres, on estime que l’acceptation des « gentlemen » dans les loges opératives a commencé aux environs de 1640. En 1751, un groupe de Francs-maçons de Londres forment « Antient Grand Lodge », ils sont principalement Irlandais. Ils accusent la Grande Loge londonienne de s’être écartée de la tradition, et de ne pas respecter les rites des anciens. Cette nouvelle grande loge se qualifie d’ancienne en adoptant l’orthographe du vieil anglais : « antient ». Cette grande loge et celle londonienne fusionneront en 1813 pour former La Grande Loge Unie d’Angleterre. Encore aujourd’hui, cette grande loge, exige que les membres croient en un dieu avéré, ce qui veut dire que le GODF (entre autres) n’est pas régulière (entendez par là qu’elle n’est pas reconnue par La Grande Loge Unie d’Angleterre ni par toutes les grandes loges « régulières »).